L’apparition et le maintien des acouphènes

Cerveau et plasticité

Le cerveau, comme vous le savez, est le centre de contrôle de presque tout ce qui se passe dans votre corps : il reçoit l’information, la décode et l’analyse pour que vous puissiez comprendre votre environnement. Comme un ordinateur superpuissant, il cherche toujours à améliorer la qualité de l’information qu’il reçoit, quitte à changer un peu sa manière de fonctionner. C’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale.

Cette capacité de pouvoir changer son fonctionnement est à la fois un outil très précieux pour évoluer et apprendre, mais cela peut cependant mener à certaines erreurs dans le traitement de l’information. Dans le cas du système auditif, on pourrait considérer l’acouphène comme un message d’erreur.

Dans beaucoup de cas, l’acouphène est le résultat d’une diminution de l’apport auditif vers le cerveau, c’est-à-dire que la quantité de son qui se rend au cerveau n’est pas suffisamment élevée : le cerveau essaie de compenser en augmentant le volume du son qu’il reçoit. C’est ce qu’on appelle l’hypothèse du gain central.

« Imaginez que vos oreilles sont un micro de spectacle : pour une raison quelconque, le micro ne fonctionne pas bien à sa pleine capacité et il grésille. Votre cerveau, qui est le technicien du son, se rend compte que le volume du son n’est pas suffisant dans la salle. Il décide d’augmenter le volume dans les haut-parleurs, même si la qualité du son n’est pas la meilleure. Sans le vouloir, il monte aussi le volume pour le grésillement. »

Pourquoi l’acouphène persiste? Pourquoi est-il si dérangeant?

Dans certains cas où la source de l’acouphène est médicale et traitable, il est possible que l’acouphène persiste, même après le traitement. Comment cela est-il possible? Encore une fois, il est probable que cela soit en lien avec la restructuration de votre cerveau : c’est la plasticité qui opère.

Entendre un acouphène comporte 2 facettes : le son qui est entendu et la réaction de la personne qui entend ce son. Parmi toutes les personnes affirmant entendre un acouphène, seulement 10 à 15% se disent réellement dérangées par la présence de ce son fantôme et selon plusieurs chercheurs, le dérangement d’une personne n’est pas en fonction de l’intensité à laquelle elle entend son acouphène. Cela signifie qu’en comparant deux personnes acouphéniques, l’une pourrait entendre un acouphène plus fort, mais être moins dérangée qu’une autre, qui entend son acouphène beaucoup moins fort.

Tout est une question de réaction : certains considèrent l’apparition d’un acouphène comme un évènement anodin, d’autres la considèrent comme un danger. Les personnes appartenant à cette deuxième catégorie se poseront plusieurs questions du type « Suis-je normal? Ai-je une maladie grave? Est-ce que je deviens fou? ». Il est possible qu’elles ressentent de l’anxiété, de l’impuissance et même de la colère. Le problème est que le corps réagit de manière autonome lorsqu’il se sent en situation de danger : transpiration, augmentation du rythme cardiaque et de la pression sanguine. Il s’agit du même type de réaction que vous auriez si vous deviez fuir une situation dangereuse. Toutes ces réactions sont contrôlées par un secteur du cerveau que l’on appelle le système limbique.

Par conséquent, si une personne considère l’apparition de l’acouphène comme une « attaque », son cerveau et son corps réagiront comme si elle était en situation dangereuse : stress, réaction émotionnelle, hyper vigilance du symptôme, etc. Lorsque cette réaction se fait sur une longue période, le corps apprend à associer de façon permanente le bruit de l’acouphène à des réactions négatives, et la personne s’en trouve plus affectée.